Initiation à la recherche

Les activités humaines ont bouleversé l’environnement global lors des deux derniers siècles, ce qui engendre une vague d’extinctions d’espèces dont la vitesse apparaît comme sans précédent dans l’histoire de la Terre. La conservation de la biodiversité représente donc aujourd’hui une priorité en matière de politique de l’environnement, aux niveaux mondial (Conférences de Rio en 1992, Johannesburg en 2002), européen et national (Stratégie nationale de la Biodiversité, Grenelle de l’environnement). Les recherches de notre équipe AGRIPOP portent sur la régulation des populations et la gestion des ressources naturelles. Elles visent à comprendre les processus et mécanismes qui contribuent à réguler ou limiter la taille et la dynamique des populations, et à analyser ces processus sous l’influence ou la contrainte du changement global. La compréhension ultime des mécanismes en jeu pourrait ensuite permettre la proposition de scénarios de gestion adaptés aux enjeux environnement ou de conservation de la biodiversité.

Le cadre théorique de nos travaux repose sur l’écologie, le comportement et la démographie, et nous nous appuyons essentiellement sur les concepts de l’écologie comportementale Behavioural ecology et de l’Ecologie évolutive (Life history theory). Notre hypothèse centrale est que les activités anthropiques entraînent des changements dans l’abondance et la distribution des ressources (notamment alimentaires), qui influencent la qualité phénotypique des individus.

Cette hétérogénéité individuelle se traduit ensuite par des modifications dans les proportions d’individus reproducteurs dans les populations, modifications qui ont pour origine le comportement territorial ou la dominance sociale par exemple, et donc ensuite dans les paramètres démographiques (fécondité, survie, dispersion).

Ces changements populationnels entrainent enfin des effets sur la structuration des communautés, directs et indirects à travers des modifications d’interactions biologiques comme la compétition et la prédation.

Le thème majeur de recherche de notre équipe concerne les changements d’usage terres, engendrés entre autres par l’intensification de l’agriculture. Les agroécosystèmes constituent de loin le mode d’usage des terres majoritaire aux plans national (~52%) et européen (~42%), dont la gestion et l’exploitation se sont considérablement intensifiées sous l’influence de la Politique Agricole Commune depuis 1962. Les effets de l’intensification agricole sur la biodiversité ne sont plus discutés car ils ont entrainé la raréfaction et l’extinction de nombreuses espèces de plantes, insectes, oiseaux et mammifères à l’échelle européenne ou nationale. Cependant, les processus et les interactions écologiques (compétition, risque de prédation, changements dans l’abondance et distribution des ressources, etc.) impliqués dans ces événements de raréfaction ne sont pas toujours bien identifiés.

Nos travaux, dans ces trois approches (individu, population et communauté) utilisent de manière transversale des méthodes empiriques basées sur de nombreuses données collectées sur de nombreux sites (et rassemblées dans d’importantes bases de données), les approches spatiales, et la prévision des effets des changements globaux sur l’état des populations dans les anthroposystèmes par modélisation, simulation ou couplage de modèles individuels et populationnels.